Il y a maintenant une semaine que je suis rentré de Lomé

Il y a maintenant une semaine que je suis rentré de Lomé. L’image de nos jeunes amis, de leur vie communautaire est toujours aussi présente dans mon esprit. Elle ne s’estompe pas au fil des jours….Je les avais quittés l’année dernière en plein déménagement Avec notre président, Pierre-Emmanuel, je les ai retrouvés en plein questionnement : comment allons nous construire notre avenir ? Les idées ne manquent pas, à titre d’exemple :

  • André ([1]) nous a fait visiter l’imprimerie dans laquelle il travaille. Nous avons pu discuter avec son patron. L’ « entreprise » consiste en un ordinateur fixe muni de logiciels de graphisme et d’une machine d’imprimerie fatiguée par le temps. André a en charge le graphisme de faire-part, d’invitations diverses, de cartes de visites. Il ne sera pas payé mais se nourrit déjà de la promesse de son patron de lui donner de l’argent quand lui-même en gagnera. Il est motivé et content de produire des images qui rendront justice à sa créativité.
  • Georges prépare son bac qui se déroulera au mois de juillet. En septembre il aimerait qu’on lui finance une formation à la photographie pour créer une activité de photographe/vidéaste dans les mariages.
  • Paul, nous demande de financer une formation au codage informatique . C’est une formation originale qui déboucherait probablement sur un emploi qualifié, compte tenu des besoins d’informaticiens en Afrique. En échange, nous lui ferions signer un engagement de faire de la maison des frères un lieu d’initiation à l’informatique voire un genre de Cyber-café circonscrit aux Frères et voisins lorsque le wi-fi arrivera (nous avons fait le nécessaire auprès des autorités togolaises) à la maison.

Nos moyens pécuniaires sont limités il va falloir trouver un juste équilibre ; je fais confiance au Bureau de l’association pour y parvenir.

Des nouveaux visages sont apparus, les contacts avec le voisinage se sont établis, les frères ont trouvé leur rythme de vie. La maison dispose d’un puits ; les habitantes du quartier, à la nuit tombante, viennent faire le plein : c’est l’occasion de nouer avec leurs enfants de nouvelles relations empreintes de partage.

Nous avons financé sur place l’ameublement et l’équipement de la maison que nous allons conserver un an de plus, voire au-delà, malgré sa taille un peu réduite. Le quartier lui-même quoi qu’excentré par rapport au centre de Lomé, est agréable (larges rues non bituminées, tranquillité, vie paisible de village).

Bien sur la vie quotidienne n’est pas tous les jours facile. Les hôtes de la maison sont, la plupart, gay, et rejetés par leurs familles. L’accompagnement médical de cette population à risque n’est pas facile à assurer depuis la France. Nous avons quelques pistes de réflexion, mais ne disposons pas encore de la protection médicale que nous souhaiterions mettre en place.

Lors de notre déplacement à Kpalimé, dont sont issus de nombreux jeunes ayant un lien avec la Maison, il a fallu, dans l’urgence, nous transporter au chevet de Julie, qui avait des symptômes de dyspnée (suffocation).. Le diagnostic initialement attribué à ce symptôme désignait une grave maladie cardiaque nous inquiétait tout le monde. Nous avons financé les premiers soins prodigués par une équipe médicale remarquable. Ses râles, son souffle court, seraient en fait d’origine somatique et symboliseraient, l’essoufflement de cette jeunesse togolaise – surtout les jeunes filles nous a dit le médecin chef- qui s’épuise par manque d’oxygène économique.

Dès Julie, il en existe des centaines en Afrique. Un jour, dit la légende amérindienne,

  il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! »

Et le colibri lui répondit :

« Je le sais, mais je fais ma part. »

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[1] ) Rappelons que par volonté de préserver leur anonymat, nous ne publions jamais la véritable identité  des hôtes de la maison. En conséquence, tous les prénoms ont été modifiés.

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